
Cette photographie représente la stèle funéraire de monsieur Louis-Thomas Beaulieu, pionnier de notre village et premier cantonnier responsable des chemins qui sillonnaient le village ainsi que la paroisse. D’après le cadastre ils avaient une terre « à Piedmont » qui n’existait pas à cette époque, sur l’actuel Chemin De la Montagne près de l’intersection du Boulevard Mont-Rolland.
En consultant les archives de notre société d’Histoire, j’ai trouvé ce texte écrit par madame Yvonne Corbeil Beaulieu, dans le cahier No : 47 en date de septembre 1990 au sujet de ce personnage, il fut l’ancêtre de Louis Beaulieu alors établi à Piedmont.
Par Yvonne Corbeille Beaulieu
«Certaine familles Beaulieu qui se trouvent au Canada ont pour ancêtre Clade Thomas dit Beaulieu, originaire de Lannion, en Bretagne. Ce Breton, comme beaucoup de se compatriotes étais un pêcheur de morue. Il vint se fixer à Plaisance, capitale française de l’île de Terre-Neuve. Au du dix-huitième siècle, les Français avaient fondé Plaisance dans la partie sud de l’île. Louis XIV y fit bâtir un fort. De leur côté, les Anglais fondèrent Plaisance du côté nord de l’île. Anglais et Français furent continuellement aux prises dans cette partie de l’Amérique.
Claude Thomas dit Beaulieu se maria à Plaisance en 1689 à Madeleine Seau, jeune veuve de dix-huit-ans, native de l’endroit. Celle-ci avait épousé en première noces, un pêcheur basque du nom de Pierre Diers. Elle était mère d’un petit garçon prénommé Pierre. Ce Pierre Diers, élevé avec les enfants Beaulieu, fut souvent appelé Beaulieu et ses descendants portent le nom de Beaulieu.
À Terre-Neuve, Claude Thomas dit Beaulieu possédait une maison, des échafauds pour la préparation du poisson et une grave pour trois chaloupes. On nommait grave l’étendue de plage utilisée pour le séchage de la morue. On peut voir encore sur le rivage de Plaisance, appelé aujourd’hui Placentia, de petits monticules de pierres qui déterminaient l’étendue de terrain accordé à un pêcheur par brevet du roi.
L’été, le sieur Beaulieu, comme les maîtres-habitants du lieu, faisait venir de France ou d’Espagne, des engagés pour la saison de pêche. A l’été de 1701, Beaulieu fit venir deux équipages de six hommes chacun.
A Terre-Neuve, la dîme pour la paroisse se payait en morue, un quintal de morue par chaloupe.
Beaulieu s’occupait aussi de «réparations annuelles». Les anciens documents ne précisent pas davantage. Il est fort probable qu’il s’agissait de réparation de bateaux ou de chaloupes de pêche.
Claude Thomas-Beaulieu demeura à Plaisance tant que dura la domination française. C’est là qu’il fit baptiser au moins cinq enfants et qu’il maria sa fille aînée, Catherine, à un pêcheur venu de Normandie et avec qui il était associé. Au bas du contrat de mariage de sa fille, Beaulieu apposa sa signature qui est très belle et il ajouta un immense paragraphe, genre nid d’abeilles. Ce qui dénote une certaine instruction.
Le traité d’Utrecht, signé en 1713, devait changer la vie des habitants français de Terre-Neuve. Il fut entendu, lors de la signature du traité de paix, que les familles seraient évacuées sur l’Île du Cap Breton, à peu près à l’endroit où devait être construit Louisbourg. Les préparatifs de départ exigèrent un certain temps. En fait, le gros de la population partit le 24 septembre 1714. Beaulieu se trouvait encore à Plaisance la veille de cette évacuation en masse.
Tous n’allèrent pas au Cap Breton. Quelques personnes ont préféré se diriger vers Québec, comme le gendre de Beaulieu. D’autres, après avoir tenté de s’acclimater à leur nouveau domicile, passèrent aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon ou encore en France.
Ce fait nous est révélé dans l’acte de mariage de sa fille Marie-Anne qui épouse, le 14 juillet, à Québec, en l’absence de tous parents et amis, un ancien compatriote de Terre-Neuve, Georges Mabile. Ce Georges Mabile mourut un mois plus tard à l’hôpital. La religieuse inscrit son décès dans les registres avec cette mention touchante :
«Georges Mabile, venu depuis deux mois de Plaisance où il avait
Demeuré depuis le dernier traité de paix, avec beaucoup d’ennuis
De n’avoir plus ni sacrements ni aucun exercice de notre sainte
Religion, il avait tenté inutilement plusieurs fois de vendre aux
Anglais les fonds qu’il avait là… il résolut enfin de fabriquer lui-
même un bâtiment quoi que ce ne fut point son métier, il s’y
embarqua malgré la crainte qu’on tâcha de luis inspirer. Il arriva
à Québec après sis semaines de navigation et fut amené malade en
cet Hôtel-Dieu, le 1er août 1727 où le 17, âgé de 37ans, très recon-
naissant de la grande grâce de que Dieu lui avait faite de le tirer
d’un pays hérétique et de lui accorder les secours de Saintes-
Église…»
Marie-Anne Thomas-Beaulieu déclare dans son acte de mariage que ses parents sont à Brest. Brest était alors, comme aujourd’hui, un important centre de construction navale. On peut supposer que Beaulieu et ses fils s’occupaient de réparations ou de construction de navires.
En 1729, le roi de France fit ouvrir à Québec des chantiers pour la construction de bateaux. Un maître-constructeur fut envoyé de Brest pour conduire les travaux. C’est justement à cette époque que les Beaulieu, Louis et François, se marièrent le 17 janvier 1729. Les deux frères épousèrent, le même jour, les deux sœurs, Jeanne et Madeleine Labrecque. Le mariage eut lieu à Saint-Laurent de l’Île d’Orléans.
Quatre mois après le mariage de ses fils qui devaient assurer sa descendance, Claude
Thomas dit Beaulieu mourut à Québec de mort subite, précise son acte de sépulture. Il fut inhumé le 18 avril 1729.
Louis et François Beaulieu, de la deuxième génération, s’installèrent à Québec où ils exercent toute leur vie le métier de charpentier.
Louis est le seul continuateur de la lignée. François eut un seul fils qui contracta mariages au Canada et un seul petit-fils qui périt noyé, à l’âge de vingt-deux ans.
Le charpentier Lois Beaulieu acquit une maison à Québec, sur la rue Saint-Vallier. Il fit baptiser douze enfants dont quatre moururent en bas âge. À partir de son quatrième enfant, il les fait tous baptiser sous le seul nom de Beaulieu. Le nom Thomas disparaît.
Louis Beaulieu mourut à Québec en 1758, laissant, outre sa femme, trois garçons et cinq filles dont deux seulement étaient établis.
L’aîné des garçons qui s’était marié à Saint-François-de-Sales, sur l’île Jésus, recueillit sa mère et ses jeunes frères et sœurs.
Ce fils aîné, qui portait le prénom traditionnel de Louis, était venu s’établir assez jeune à Saint-François-de-Salle. La Seigneurie de l’Île Jésus appartenait au Séminaire de Québec qui y envoyait des colons et des artisans. Elle fut peuplée en grande partis par des venus de Québec.
Louis Beaulieu, de la troisième génération, alors âgé de vingt-quatre ans, épousa, le 13 mai 1754, à Saint-François-de-Sales, une jeune fille e quinze ans, Geneviève Gaulin, fille d’un notable de l’endroit. Il déclare dans son contrat de mariage, être constructeur de navires. Il devint rapidement l’homme de confiance des seigneurs. Il construisit des moulins à farine, prit en charge tous les moulins de l’Île Jésus et de la Pointe-aux-Trembles, en plus d’avoir des moulins à scie qu’il exploitait à son profit.
Son œuvre la plus remarquable fut sans doute la construction du moulin du Crochet en 1773. Ce moulin était situé sur un petit îlot dans la Rivière-des-Prairies, en face de l’actuelle maison des Sœurs du Bon Pasteur. C’était un imposant édifice en pierre de maçonne qui résista à toutes les intempéries jusqu’à sa démolition en 1928. Beaulieu construisait tout : meubles, mouvements, ferrures, câbles, quais, digues et chaussées. Il possédait une bonne instruction si on en juge par des lettres écrites entièrement de sa main, Ses fils fréquentèrent le Séminaire de Québec.
Après avoir exercé son activité sur l’Île Jésus pendant vingt-cinq ans, Louis Beaulieu déménage à Montréal où il continua à construire des moulins à farine, des maisons de pierre et des bateaux. À Montréal, il acquit une vaste maison de pierre, entourée d’un jardin planté d’arbres fruitiers. Elle se trouvait en banlieue alors, mais aujourd’hui ce serait en plein cœur de la ville, au coin des rues Saint-Dominique et Ontario.
Publié par : Histoire
à 15:29:59
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